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content5 <p> <span class="label">dossier</span> <p>Les poils de nos bras, de nos jambes ou de notre cou peuvent se hérisser quand nous avons froid, que nous éprouvons une émotion intense, comme la peur. Ce phénomène s’appelle <span style="font-weight: bold;">piloérection</span>, mais elle est mieux connue sous le nom de chair de poule. Le terme vient du latin : pilus (poil) et erigere (dresser). On la considère volontiers comme une simple curiosité du corps, mais la chair de poule résulte en réalité d'une interaction complexe entre le système nerveux, de minuscules muscles de la peau, des hormones et des mécanismes hérités de l'évolution.</p><p>Cette réaction trouve ses racines dans l’évolution de l’homme. La chair de poule jouait probablement un rôle important de protection et de régulation thermique pour nos ancêtres. Si nous avons encore la chair de poule aujourd'hui lorsque nous avons peur, froid ou sommes gagnés par une forte émotion, c'est parce que nous avons hérité de ces anciens systèmes biologiques.</p> </p>
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C'est lui qui orchestre la fameuse réaction de combat ou de fuite (fight-or-flight), déclenchée dès que l'organisme perçoit une menace potentielle.</p><p>Dès que le cerveau détecte un danger, l’hypothalamus enclenche une série de processus neurologiques et hormonaux. Les nerfs sympathiques libèrent essentiellement de la noradrénaline dans la peau. Celle-ci se fixe sur les récepteurs des muscles arrecteurs, qui se contractent et redressent les poils.</p><p>Cette réaction au stress provoque simultanément d’autres modifications corporelles : accélération du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, vigilance accrue et hausse de la tension artérielle.</p><p>La recherche montre en outre que la sensibilité de la piloérection varie en fonction des régions du corps. Le cou, les avant-bras et la peau du crâne contiennent beaucoup de liaisons nerveuses. 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Lorsqu'il se sent menacé, il hérisse les poils de son dos, gonfle sa silhouette et fait le gros dos pour dissuader son adversaire.</p><p>Nos lointains ancêtres avaient vraisemblablement une pilosité bien plus dense que l'homme moderne. Face au danger, leurs poils dressés pouvaient les faire paraître plus imposants et, peut-être, décourager ennemis ou concurrents.</p><p>Au fil de l'évolution humaine, notre pilosité s'est considérablement réduite, et cette fonction s'est en grande partie perdue. Le système neurologique sous-jacent, lui, a été conservé, car il s'inscrit dans une réaction de stress plus large, toujours cruciale pour la survie.</p><p>Dès 1872, Charles Darwin décrivait la piloérection comme un vestige de la réaction qui aidait nos ancêtres velus à se défendre.</p> </p> <h2 id="3b">Pourquoi a-t-on la chair de poule quand on a froid ?</h2> <p> <p>La peur n’est pas le seul facteur déclencheur de la chair de poule. Le froid peut également l’induire, ce qui démontre que le mécanisme n’était initialement pas uniquement conçu pour la défense mais jouait aussi un rôle dans la régulation thermique.</p><p>Chez les animaux dotés d’une fourrure épaisse, l’érection des poils augmente la couche d’air autour du corps. Cet air immobile constitue une couche isolante et permet de mieux conserver la température corporelle par grand froid.</p><p>Cet effet a quasi disparu chez l’être humain, notre pilosité ayant fortement diminué. Même si nous continuons à avoir la chair de poule quand nous avons froid, cette réaction ne nous offre plus de réelle isolation.</p><p>La piloérection humaine peut donc être considérée comme un vestige évolutionnaire, soit un mécanisme biologique désuet qui a été utile mais dont la fonction initiale a disparu.</p> <p> <A class="subtopic" HREF="/article/processus-metaboliques/frissons-sans-fievre-quelles-causes-possibles-39486"> Voir aussi l'article : Frissons sans fièvre : quelles causes possibles ?</A></p> </p> <h2 id="4">Chair de poule et émotion : pourquoi la musique nous donne-t-elle des frissons ?</h2> <p> <p>La chair de poule ne se manifeste pas uniquement suite à des stimuli physiques tels que le froid ou une situation dangereuse. Particularité étonnante : de nombreuses personnes la ressentent aussi lors de moments chargés d'émotion : en écoutant de la musique, en contemplant une œuvre d'art, au cours d'une expérience religieuse ou lors d'autres événements marquants.</p><p>Les scientifiques désignent souvent cette forme de chair de poule sous le nom de « frissons esthétiques » (aesthetic chills), ou tout simplement de « frisson ». Des recherches neurologiques en neurosciences suggèrent que cette réaction est liée aux zones cérébrales impliquées dans le traitement des émotions, l'anticipation et le circuit de la récompense.</p><p>Par exemple, un morceau de musique comportant un passage inattendu, atteignant un temps fort émotionnel ou engendrant du suspense peut activer des régions du cerveau comme le striatum ventral, les amygdales et le cortex orbitofrontal. Le système nerveux sympathique s’active, pouvant provoquer une piloérection.</p><p>Des études d'imagerie cérébrale ont en outre montré que les moments où l'on a la chair de poule en écoutant de la musique peuvent s'accompagner d'une libération accrue de dopamine dans le circuit de la récompense.</p><p>Cela signifie que les systèmes biologiques impliqués dans la motivation, le plaisir et la récompense interviennent également dans la piloérection émotionnelle. La chair de poule n’est donc pas uniquement une réaction au danger ou au froid mais l’expression physique d’intenses émotions positives.</p> <p> <A class="subtopic" HREF="/article/musique/pourquoi-la-musique-nous-donnetelle-autant-demotions-31462"> Voir aussi l'article : Pourquoi la musique nous donne-t-elle autant d’émotions ?</A></p> </p> <h2 id="5">La chair de poule sert-elle encore à quelque chose ?</h2> <p> <p>Les fonctions initiales de la piloérection (c’est-à-dire, la protection contre les prédateurs et l’amélioration de l’isolation thermique) ont largement disparu. Cela ne signifie pas que la chair de poule soit devenue complètement inutile.</p><p>Puisque la piloérection est une manifestation visible de l’activité du système nerveux sympathique, la piloérection constitue un marqueur physique de l'excitation émotionnelle ou physiologique. Les chercheurs s'en servent d'ailleurs parfois comme d'un indicateur objectif pour mesurer l'intensité des émotions, en psychologie comme en neurosciences.</p><p>Des études suggèrent en outre que les personnes qui ont plus souvent des frissons esthétiques (donc liés à une émotion) font preuve, en moyenne, d'une plus grande empathie et d'une plus forte ouverture à la nouveauté. La chair de poule émotionnelle pourrait donc remplir une fonction sociale, en contribuant à créer du lien.</p> </p> <table class="designedkader" cellspacing="0" cellpadding="3" width="100%"> <tbody> <tr><td> <p> <h3><span style="font-weight: bold; color: inherit; font-size: 19px;">Chair de poule : quelle signification médicale ?</span></h3><div><div>Au-delà de son rôle dans les émotions et les réactions au stress, la piloérection a également une signification clinique. Comme elle est commandée par le système nerveux sympathique, elle peut servir d'indicateur du bon fonctionnement et de l'intégrité de ce système.</div><div>&nbsp;</div><div>Chez les patients atteints d'une lésion de la moelle épinière, les zones du corps où la piloérection se produit encore renseignent sur la hauteur de la lésion. La répartition de la réaction sur le corps aide ainsi les médecins à évaluer l'étendue des dommages neurologiques.</div><div>&nbsp;</div><div>On observe aussi fréquemment une piloérection lors du sevrage aux opioïdes. L'expression anglaise « cold turkey » (littéralement « dinde froide »), qui désigne un arrêt brutal, fait d'ailleurs référence à cette peau de volaille plumée qui apparaît chez les personnes qui décrochent d'une dépendance aux opiacés.<br><br></div></div> <p> <A class="subtopic" HREF="/article/emotions/chair-de-poule-un-signe-de-maladie-16463"> Voir aussi l'article : Chair de poule : un signe de maladie ? </A></p> </p> </td></tr> </tbody></table> <div class="grijsbox"> <p> <div><span style="font-weight: bold;">Conclusion</span></div><div><br></div><ol><li>La piloérection provoquée par la peur est actionnée par l’activation automatique du système nerveux sympathique. La production de noradrénaline entraîne la contraction des petits muscles cutanés et donc l’érection des poils, d’où l’apparition de la chair de poule. Cette réaction permettait sans doute à nos ancêtres plus poilus de paraître plus impressionnants quand ils étaient confrontés à une menace (un système de survie) et de mieux conserver leur chaleur corporelle par temps froid.</li><li>Ces fonctions ont globalement disparu chez l’homme moderne mais le mécanisme persiste, puisqu’il fait partie de la fameuse réaction fuite ou combat. Même si ce hérissement des poils n'a plus vraiment d’utilité, il reste partie intégrante de la réponse biologique intégrée essentielle au fonctionnement humain.</li><li>La piloérection continue à intervenir en cas d’expériences émotionnelles, qu'il s'agisse d'écouter de la musique ou d'être ému par une œuvre d'art. La chair de poule illustre ainsi de façon fascinante comment l'héritage de l'évolution reste inscrit dans le corps humain.</li></ol> </p> </div> <p> <span style="font-weight: bold;">Sources :<br></span><p class="isSelectedEnd">Benedetti, F. en Amanzio, M. (2011) ‘The placebo response: how words and rituals change the patient’s brain’, <em>Patient Education and Counseling</em>, 84(3), pp. 413–419.<br>Montagna, W. en Parakkal, P.F. (1974) <em>The Structure and Function of Skin</em>. 3e druk. New York: Academic Press, pp. 172–191.<br>Cannon, W.B. (1932) <em>The Wisdom of the Body</em>. New York: W.W. Norton.<br>Randall, V.A. (2008) ‘Androgens and hair growth’, <em>Dermatologic Therapy</em>, 21(5), pp. 314–328.<br>Goldstein, D.S. (2010) ‘Adrenal responses to stress’, <em>Cellular and Molecular Neurobiology</em>, 30(8), pp. 1433–1440.<br>Vanderhaeghen, P. en Cheng, H.J. (2010) ‘Guidance molecules in axon pruning and cell death’, <em>Cold Spring Harbor Perspectives in Biology</em>, 2(6), a001859.<br>Edmunds, M. (1974) <em>Defence in Animals: A Survey of Anti-Predator Defences</em>. Harlow: Longman, pp. 117–135.<br>Coss, R.G. (1974) ‘The effects of experience on fear responses: Hair-raising and defensive behavior in mammals’, <em>Behaviour</em>, 48(3–4), pp. 251–266.<br>Darwin, C. (1872) <em>The Expression of the Emotions in Man and Animals</em>. London: John Murray.<br>Jablonski, N.G. (2006) <em>Skin: A Natural History</em>. Berkeley: University of California Press.<br>Darwin, C. (1872) <em>The Expression of the Emotions in Man and Animals</em>. Londen: John Murray, pp. 101–104.<br>Scholander, P.F. et al. (1950) ‘Heat regulation in some arctic and tropical mammals and birds’, <em>Biological Bulletin</em>, 99(2), pp. 225–258.<br>Cena, K. and Clark, J.A. (1978) ‘Effect of piloerection on insulation of animal coats’, <em>Journal of Thermal Biology</em>, 3(1), pp. 1–4.<br>Campbell, B. (2015) <em>Human Evolution: An Introduction to Man's Adaptations</em>. 4th ed. New York: Routledge.<br>Blood, A.J. and Zatorre, R.J. (2001) ‘Intensely pleasurable responses to music correlate with activity in brain regions implicated in reward and emotion’, <em>Proceedings of the National Academy of Sciences</em>, 98(20), pp. 11818–11823.<br>Huron, D. (2006) <em>Sweet Anticipation: Music and the Psychology of Expectation</em>. Cambridge, MA: MIT Press.<br>Salimpoor, V.N., Benovoy, M., Larcher, K., Dagher, A. en Zatorre, R.J. (2011) ‘Anatomically distinct dopamine release during anticipation and experience of peak emotion to music’, <em>Nature Neuroscience</em>, 14(2), pp. 257–262.<br>Benedek, M. en Kaernbach, C. (2011) ‘Physiological correlates and emotional specificity of human piloerection’, <em>Biological Psychology</em>, 86(3), pp. 320–329.<br>Benedek, M., Wilfling, B., Lukas-Wolfbauer, R., Katzur, B. en Kaernbach, C. (2010) ‘Objective and continuous measurement of piloerection’, <em>Psychophysiology</em>, 47(5), pp. 989–993.<br>Wassiliwizky, E. et al. (2017) ‘Tears and goosebumps: the relationship between chills and emotional lacrimation’, <em>Frontiers in Psychology</em>, 8, artikel 41.<br>Haas, U. en Kneifel, S. (2009) ‘Piloerection as a clinical sign in spinal cord injury level assessment’, <em>Spinal Cord</em>, 47(6), pp. 489–491.<br>Kosten, T.R. en George, T.P. (2002) ‘The neurobiology of opioid dependence: implications for treatment’, <em>Science and Practice Perspectives</em>, 1(1), pp. 13–20.<br>LeDoux, J.E. (2012) ‘Rethinking the Emotional Brain’, <em>Neuron</em>, 73(4), pp. 653–676.<br><br></p> </p>
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Froid, peur, musique : les causes de la chair de poule

dossier

Les poils de nos bras, de nos jambes ou de notre cou peuvent se hérisser quand nous avons froid, que nous éprouvons une émotion intense, comme la peur. Ce phénomène s’appelle piloérection, mais elle est mieux connue sous le nom de chair de poule. Le terme vient du latin : pilus (poil) et erigere (dresser). On la considère volontiers comme une simple curiosité du corps, mais la chair de poule résulte en réalité d'une interaction complexe entre le système nerveux, de minuscules muscles de la peau, des hormones et des mécanismes hérités de l'évolution.

Cette réaction trouve ses racines dans l’évolution de l’homme. La chair de poule jouait probablement un rôle important de protection et de régulation thermique pour nos ancêtres. Si nous avons encore la chair de poule aujourd'hui lorsque nous avons peur, froid ou sommes gagnés par une forte émotion, c'est parce que nous avons hérité de ces anciens systèmes biologiques.

Qu’est-ce que la chair de poule ?

Getty_kippenvel_2024.jpg

© Getty Images

La chair de poule survient suite à la contraction de petits muscles plats situés dans la peau, les muscles arrecteurs (musculi arrectores pilorum). Ces muscles microscopiques sont reliés aux follicules pileux, d'où naissent les poils.

Au repos, les follicules pileux sont inclinés. Ils se redressent sous l’effet de la contraction des muscles arrecteurs : les poils se hérissent et la peau qui les entoure se soulève légèrement. D'où cet aspect bosselé si caractéristique, que l'on appelle la chair de poule.

Cette réaction est complètement automatique. Il nous est impossible de la contrôler. Les muscles sont commandés par le système nerveux autonome, plus spécifiquement par le système sympathique. C'est lui qui orchestre la fameuse réaction de combat ou de fuite (fight-or-flight), déclenchée dès que l'organisme perçoit une menace potentielle.

Dès que le cerveau détecte un danger, l’hypothalamus enclenche une série de processus neurologiques et hormonaux. Les nerfs sympathiques libèrent essentiellement de la noradrénaline dans la peau. Celle-ci se fixe sur les récepteurs des muscles arrecteurs, qui se contractent et redressent les poils.

Cette réaction au stress provoque simultanément d’autres modifications corporelles : accélération du rythme cardiaque, dilatation des pupilles, vigilance accrue et hausse de la tension artérielle.

La recherche montre en outre que la sensibilité de la piloérection varie en fonction des régions du corps. Le cou, les avant-bras et la peau du crâne contiennent beaucoup de liaisons nerveuses. La chair de poule est donc plus rapidement et plus nettement visible à ces endroits.

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Pourquoi a-t-on la chair de poule quand on a peur ?

D'un point de vue évolutif, la piloérection a sans doute joué avant tout un rôle protecteur. Chez de nombreux mammifères, hérisser son pelage permet de paraître plus grand et plus impressionnant face à un prédateur ou à un rival. On parle de comportement déimatique, autrement dit d'intimidation.

Le chat en offre un exemple bien connu. Lorsqu'il se sent menacé, il hérisse les poils de son dos, gonfle sa silhouette et fait le gros dos pour dissuader son adversaire.

Nos lointains ancêtres avaient vraisemblablement une pilosité bien plus dense que l'homme moderne. Face au danger, leurs poils dressés pouvaient les faire paraître plus imposants et, peut-être, décourager ennemis ou concurrents.

Au fil de l'évolution humaine, notre pilosité s'est considérablement réduite, et cette fonction s'est en grande partie perdue. Le système neurologique sous-jacent, lui, a été conservé, car il s'inscrit dans une réaction de stress plus large, toujours cruciale pour la survie.

Dès 1872, Charles Darwin décrivait la piloérection comme un vestige de la réaction qui aidait nos ancêtres velus à se défendre.

Pourquoi a-t-on la chair de poule quand on a froid ?

La peur n’est pas le seul facteur déclencheur de la chair de poule. Le froid peut également l’induire, ce qui démontre que le mécanisme n’était initialement pas uniquement conçu pour la défense mais jouait aussi un rôle dans la régulation thermique.

Chez les animaux dotés d’une fourrure épaisse, l’érection des poils augmente la couche d’air autour du corps. Cet air immobile constitue une couche isolante et permet de mieux conserver la température corporelle par grand froid.

Cet effet a quasi disparu chez l’être humain, notre pilosité ayant fortement diminué. Même si nous continuons à avoir la chair de poule quand nous avons froid, cette réaction ne nous offre plus de réelle isolation.

La piloérection humaine peut donc être considérée comme un vestige évolutionnaire, soit un mécanisme biologique désuet qui a été utile mais dont la fonction initiale a disparu.

Voir aussi l'article : Frissons sans fièvre : quelles causes possibles ?

Chair de poule et émotion : pourquoi la musique nous donne-t-elle des frissons ?

La chair de poule ne se manifeste pas uniquement suite à des stimuli physiques tels que le froid ou une situation dangereuse. Particularité étonnante : de nombreuses personnes la ressentent aussi lors de moments chargés d'émotion : en écoutant de la musique, en contemplant une œuvre d'art, au cours d'une expérience religieuse ou lors d'autres événements marquants.

Les scientifiques désignent souvent cette forme de chair de poule sous le nom de « frissons esthétiques » (aesthetic chills), ou tout simplement de « frisson ». Des recherches neurologiques en neurosciences suggèrent que cette réaction est liée aux zones cérébrales impliquées dans le traitement des émotions, l'anticipation et le circuit de la récompense.

Par exemple, un morceau de musique comportant un passage inattendu, atteignant un temps fort émotionnel ou engendrant du suspense peut activer des régions du cerveau comme le striatum ventral, les amygdales et le cortex orbitofrontal. Le système nerveux sympathique s’active, pouvant provoquer une piloérection.

Des études d'imagerie cérébrale ont en outre montré que les moments où l'on a la chair de poule en écoutant de la musique peuvent s'accompagner d'une libération accrue de dopamine dans le circuit de la récompense.

Cela signifie que les systèmes biologiques impliqués dans la motivation, le plaisir et la récompense interviennent également dans la piloérection émotionnelle. La chair de poule n’est donc pas uniquement une réaction au danger ou au froid mais l’expression physique d’intenses émotions positives.

Voir aussi l'article : Pourquoi la musique nous donne-t-elle autant d’émotions ?

La chair de poule sert-elle encore à quelque chose ?

Les fonctions initiales de la piloérection (c’est-à-dire, la protection contre les prédateurs et l’amélioration de l’isolation thermique) ont largement disparu. Cela ne signifie pas que la chair de poule soit devenue complètement inutile.

Puisque la piloérection est une manifestation visible de l’activité du système nerveux sympathique, la piloérection constitue un marqueur physique de l'excitation émotionnelle ou physiologique. Les chercheurs s'en servent d'ailleurs parfois comme d'un indicateur objectif pour mesurer l'intensité des émotions, en psychologie comme en neurosciences.

Des études suggèrent en outre que les personnes qui ont plus souvent des frissons esthétiques (donc liés à une émotion) font preuve, en moyenne, d'une plus grande empathie et d'une plus forte ouverture à la nouveauté. La chair de poule émotionnelle pourrait donc remplir une fonction sociale, en contribuant à créer du lien.

Chair de poule : quelle signification médicale ?

Au-delà de son rôle dans les émotions et les réactions au stress, la piloérection a également une signification clinique. Comme elle est commandée par le système nerveux sympathique, elle peut servir d'indicateur du bon fonctionnement et de l'intégrité de ce système.
 
Chez les patients atteints d'une lésion de la moelle épinière, les zones du corps où la piloérection se produit encore renseignent sur la hauteur de la lésion. La répartition de la réaction sur le corps aide ainsi les médecins à évaluer l'étendue des dommages neurologiques.
 
On observe aussi fréquemment une piloérection lors du sevrage aux opioïdes. L'expression anglaise « cold turkey » (littéralement « dinde froide »), qui désigne un arrêt brutal, fait d'ailleurs référence à cette peau de volaille plumée qui apparaît chez les personnes qui décrochent d'une dépendance aux opiacés.

Voir aussi l'article : Chair de poule : un signe de maladie ?

Conclusion

  1. La piloérection provoquée par la peur est actionnée par l’activation automatique du système nerveux sympathique. La production de noradrénaline entraîne la contraction des petits muscles cutanés et donc l’érection des poils, d’où l’apparition de la chair de poule. Cette réaction permettait sans doute à nos ancêtres plus poilus de paraître plus impressionnants quand ils étaient confrontés à une menace (un système de survie) et de mieux conserver leur chaleur corporelle par temps froid.
  2. Ces fonctions ont globalement disparu chez l’homme moderne mais le mécanisme persiste, puisqu’il fait partie de la fameuse réaction fuite ou combat. Même si ce hérissement des poils n'a plus vraiment d’utilité, il reste partie intégrante de la réponse biologique intégrée essentielle au fonctionnement humain.
  3. La piloérection continue à intervenir en cas d’expériences émotionnelles, qu'il s'agisse d'écouter de la musique ou d'être ému par une œuvre d'art. La chair de poule illustre ainsi de façon fascinante comment l'héritage de l'évolution reste inscrit dans le corps humain.

Sources :

Benedetti, F. en Amanzio, M. (2011) ‘The placebo response: how words and rituals change the patient’s brain’, Patient Education and Counseling, 84(3), pp. 413–419.
Montagna, W. en Parakkal, P.F. (1974) The Structure and Function of Skin. 3e druk. New York: Academic Press, pp. 172–191.
Cannon, W.B. (1932) The Wisdom of the Body. New York: W.W. Norton.
Randall, V.A. (2008) ‘Androgens and hair growth’, Dermatologic Therapy, 21(5), pp. 314–328.
Goldstein, D.S. (2010) ‘Adrenal responses to stress’, Cellular and Molecular Neurobiology, 30(8), pp. 1433–1440.
Vanderhaeghen, P. en Cheng, H.J. (2010) ‘Guidance molecules in axon pruning and cell death’, Cold Spring Harbor Perspectives in Biology, 2(6), a001859.
Edmunds, M. (1974) Defence in Animals: A Survey of Anti-Predator Defences. Harlow: Longman, pp. 117–135.
Coss, R.G. (1974) ‘The effects of experience on fear responses: Hair-raising and defensive behavior in mammals’, Behaviour, 48(3–4), pp. 251–266.
Darwin, C. (1872) The Expression of the Emotions in Man and Animals. London: John Murray.
Jablonski, N.G. (2006) Skin: A Natural History. Berkeley: University of California Press.
Darwin, C. (1872) The Expression of the Emotions in Man and Animals. Londen: John Murray, pp. 101–104.
Scholander, P.F. et al. (1950) ‘Heat regulation in some arctic and tropical mammals and birds’, Biological Bulletin, 99(2), pp. 225–258.
Cena, K. and Clark, J.A. (1978) ‘Effect of piloerection on insulation of animal coats’, Journal of Thermal Biology, 3(1), pp. 1–4.
Campbell, B. (2015) Human Evolution: An Introduction to Man's Adaptations. 4th ed. New York: Routledge.
Blood, A.J. and Zatorre, R.J. (2001) ‘Intensely pleasurable responses to music correlate with activity in brain regions implicated in reward and emotion’, Proceedings of the National Academy of Sciences, 98(20), pp. 11818–11823.
Huron, D. (2006) Sweet Anticipation: Music and the Psychology of Expectation. Cambridge, MA: MIT Press.
Salimpoor, V.N., Benovoy, M., Larcher, K., Dagher, A. en Zatorre, R.J. (2011) ‘Anatomically distinct dopamine release during anticipation and experience of peak emotion to music’, Nature Neuroscience, 14(2), pp. 257–262.
Benedek, M. en Kaernbach, C. (2011) ‘Physiological correlates and emotional specificity of human piloerection’, Biological Psychology, 86(3), pp. 320–329.
Benedek, M., Wilfling, B., Lukas-Wolfbauer, R., Katzur, B. en Kaernbach, C. (2010) ‘Objective and continuous measurement of piloerection’, Psychophysiology, 47(5), pp. 989–993.
Wassiliwizky, E. et al. (2017) ‘Tears and goosebumps: the relationship between chills and emotional lacrimation’, Frontiers in Psychology, 8, artikel 41.
Haas, U. en Kneifel, S. (2009) ‘Piloerection as a clinical sign in spinal cord injury level assessment’, Spinal Cord, 47(6), pp. 489–491.
Kosten, T.R. en George, T.P. (2002) ‘The neurobiology of opioid dependence: implications for treatment’, Science and Practice Perspectives, 1(1), pp. 13–20.
LeDoux, J.E. (2012) ‘Rethinking the Emotional Brain’, Neuron, 73(4), pp. 653–676.

Source: Dr.ir. Eric De Maerteleire auteur : Sofie Van Rossom - journaliste santé

Dernière mise à jour: septembre 2026

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